Les entrepreneurs à mission : Jean Moreau et Thibault Lamarque

Entreprises à mission

« Ta seule obligation dans la vie est d’être vrai envers toi-même ». Cette phrase, c’est Richard Bach qui l’écrit dans son court et percutant roman Illusions : The Adventures of a Reluctant Messiah.

 

J’ai lu ce roman en même temps que j’ai eu la chance de rencontrer deux entrepreneurs particulièrement engagés : Jean Moreau, le CEO de Phénix, et Thibault Lamarque, le CEO de Castalie. Autant vous dire que cette phrase a eu une résonance particulière !

 

L’entreprise, un canal pour accomplir sa mission personnelle ?

 

Jean était banquier d’affaires. Thibault était auditeur dans un des plus grands groupes français. Les deux étaient promis à de brillantes carrières.

 

Les deux ont choisi de les quitter. Pas pour un meilleur poste, ou pour plus d’argent. Mais pour plus de sens. Plus d’impact.

 

Jean a cofondé Phénix, pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Thibault a créé Castalie, pour en finir avec la folie des bouteilles en plastique. Phénix sauve aujourd’hui 120 000 repas par jour. Castalie a économisé 105 millions de bouteilles en plastique au moment d’écrire cet article. Et les deux entreprises sont aussi des succès business aux grandes ambitions.

 

Pourtant, c’était loin d’être gagné. Jean a dû débarquer dans un secteur fermé, où il ne connaissait personne, loin des ors de la finance. Thibault a dû faire face  lobbying agressif d’un secteur hostile à son innovation.

 

Qu’est-ce qui pousse des entrepreneurs à trouver les ressources internes pour continuer à avancer et à créer, à surmonter les obstacles ? Ce peut être d’une part une motivationextrinsèque : la promesse d’un statut, d’une rémunération… Ce ne sont pas des choses que l’on allait chercher dans le secteur de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire) à l’époque (si tant est que ce soit le cas aujourd’hui). La motivation semble bien plus intrinsèque : la force d’un appel, celui d’une mission profonde et personnelle, la contribution unique de chacun au monde. Le plus souvent, cette mission a toujours été là : c’est ce que l’on ressent en écoutant Thibault nous raconter que son mémoire de fin d’études était (déjà) sur le sujet de l’eau…

 

Ces deux exemples sont révélateurs d’une nouvelle sorte d’entrepreneurs : les entrepreneurs à mission.

 

Mais pourquoi choisir de créer une entreprise pour accomplir sa mission personnelle ? Parce que l’entreprise, ça permet de faire des choses.

 

C’est là que la croissance, qui était pour beaucoup l’ennemie du social et du solidaire, revient dans la partie. Oui il existe beaucoup de façons d’apporter sa contribution à la réalisation du monde tel qu’on souhaite le voir devenir. Mais aucune n’implique de rester seul dans son coin. C’est pour ça que Phénix et Castalie ont levé des millions d’euros, se développent à l’international, et ont vu la taille de leurs équipes exploser.

 

Créer et développer une entreprise, c’est fédérer une équipe derrière l’atteinte de son objectif. C’est obtenir les capitaux permettant d’agir à plus grande échelle. C’est créer la communauté qui va relayer votre message. En fait, c’est créer les conditions de la réalisation de votre mission à une échelle bien plus large que ce que vous ne pourriez faire seul.

 

Oui mais… on n’est pas tout seul en entreprise !

 

Une fois les premières étapes de développement passées (l’entreprise a pris sa place sur le marché, les premiers clients sont signés, une première version du produit commence à être stabilisée), il devient vite nécessaire de recruter. Voire de beaucoup recruter. Et c’est souvent là que les ennuis commencent.

 

On pointe souvent du doigt la nécessité de recruter des talents alignés avec la culture et les valeurs de l’entreprise. Et c’est d’autant plus vrai pour une entreprise à mission, pour laquelle le sens est primordial

Mais comment le faire sans avoir pris le temps de les formaliser et de les définir ?

 

Le risque, c’est de se retrouver à recruter des talents qui, si experts soient-ils sur leur sujet, ne sont pas en phase avec l’ADN de l’entreprise. Qui, à ce stade, est encore bien souvent celui du fondateur. Et donc de risquer des conflits en interne. Pour autant, partager les mêmes valeurs, ce n’est pas forcément partager le même appel ; c’est ce que constate Thibault, pour qui l’engagement sociétal peut venir dans un second temps. C’est en revanche être en accord sur ce qui est primordial, et est à la source de tous les comportements : la transparence, l’engagement et l’excellence pour Castalie, l’audace, la transparence (encore !) et la confiance chez Phénix.

 

Les valeurs sont une clé de lecture fondamentale tant pour le recruteur que pour le candidat :

-         Le recruteur cherchera à voir si le candidat sera à même de les incarner dans son futur rôle, tant en relation avec ses collègues qu’avec les clients et fournisseurs de l’entreprise ;

-         Le candidat saura à quoi s’attendre dans les interactions qu’il aura avec son management, et pourra donc s’avoir si cet environnement lui permettra de s’épanouir en étant entièrement lui-même.

 

Une fois l’écueil des premiers recrutements passé, une autre question se pose : les valeurs de l’entreprise se composent-elles aussi de celles des personnes qui l’ont rejoint ? Fondamentale en cas d’hyper croissance, la réponse à cette question passe parfois par un processus collaboratif visant à repréciser les valeurs, leur formulation, et surtout la manière dont elles sont vécues au quotidien.

 

Ce processus de réélaboration de ses valeurs n’a pas vocation à être une table rase, mais plutôt un processus itératif. Il permet de s’adapter aux grandes évolutions de l’entreprise, qu’il s’agisse d’une croissance forte, mais aussi d’un pivot ou d’un changement de business model. Il s’agit aussi pour les nouveaux arrivants de s’approprier ce qui est aussi « leur » entreprise, et pour les anciens d’accueillir pleinement ces nouveaux arrivants. L’objectif est justement que cette distinction disparaisse, pour faire pleinement équipe. Comme souvent, le processus est porteur d’autant de bienfaits et d’apprentissages que le résultat.

 

C’est ce que Jean a observé chez Phénix lors de la transition d’un modèle exclusivement B2B à dimension associative vers un modèle hybride, incluant une application B2C permettant à chacun de récupérer des invendus. La mission de Phénix restait la même, mais la manière de la remplir divergeait ; ce n’était pas forcément pour ça que les équipes étaient venues au départ ! Dans ce contexte, revisiter les valeurs de l’entreprise et ce qui en découlait a permis de réembarquer l’ensemble de l’équipe dans le projet, et de préparer la suite de la croissance et les futurs recrutements.

 

À ce stade, la question se pose pour le / les fondateurs (même si cette problématique est encore plus forte dans le cas d’un fondateur unique) de la divergence entre les valeurs de son entreprise et les siennes, plus personnelles. Ce qui va souvent de pair avec une évolution de son rôle. Jean décrit ce changement de rôle avec une métaphore… footballistique ! Pour lui, « tu es joueur, puis entraineur-joueur, entraineur, quasiment sélectionneur, puis président de club ! ». L’entrepreneur devient dirigeant, et gardien des valeurs et de la vision de son entreprise. Son quotidien évolue, et le challenge pour lui devient de trouver dans son nouveau rôle, les éléments lui permettant de satisfaire ses valeurs.

 

Et c’est souvent à ce moment-là que se manifestent pour lui, aussi, d’autres moyens d’accomplir sa mission personnelle.

 

D’entrepreneur à awakener : poursuivre sa mission personnelle au-delà de son entreprise

 

Aujourd’hui, Thibault et Jean sont tous deux investis au sein de 50 Partners Impact, un accélérateur dédié aux startups à impact. Jean est président du Mouvement Impact France et de Tech for Good France. Thibault est investisseur dans plusieurs entreprises à impact, comme Auum, une solution qui vise à remplacer… les gobelets en plastique !

 

Avoir créé leur entreprise leur a permis d’atteindre ces nouveaux statuts ; c’est le premier étage de la fusée ! Mais Phénix et Castalie ne sont pas seules au monde ; elles font partie d’un écosystème et jouent une part importante dans son développement. En suivant leurs missions, Thibault et Jean ont créé les conditions qui leur permettent aujourd’hui d’avoir un impact encore plus large… en en faisant naître de nouvelles, et en aidant ces nouveaux entrepreneurs à les accomplir ! Le cercle est vertueux : chacune de ces missions est profondément compatible avec les autres. Ces nouvelles entreprises ont aussi vocation à se développer, à impacter leur environnement, leur écosystème, et in fine le monde qui les entoure. Et donc, à générer des changements à une échelle de plus en plus importante, pour notre bien à tous.

 

« Ta seule obligation dans la vie est d’être vrai envers toi-même »… et tu finiras par beaucoup impacter les autres, aurait pu rajouter Richard Bach.

 

Vincent Aboyans, Harmoniste d’entreprise au sein de B-Harmonist

 

Pour en savoir plus sur les parcours de ces deux entrepreneurs, retrouvez leurs interviews sur le podcast « La culture d’entreprise en action » de B-Harmonist :

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