Seul sur Mars – Le Management Paradoxal

management paradoxal

Par Hélène de Saint Front

Situation :

La Terre est au bout de ses ressources, le modèle de management pyramidal aussi. De nombreux dérèglements dans le climat des entreprises montrent que la machine ne fonctionne plus aussi bien qu’avant. Les ressources de motivation se font de plus en plus rares, les finances s’assèchent faute d’innovation et les employés épuisés sont bien peu fertiles en initiatives. Convaincus qu’un monde meilleur est possible, certains managers regardent avec envie la planète Mars et rêvent d’une colonie où règnerait un management extraterrestre, le Management Paradoxal.

 

THEORIE

La planète –et l’entreprise– du futur

Sur Mars, de nombreuses règles de la Terre ne sont plus valables et imposent de repenser notre façon de vivre et de gérer les ressources. De même dans l’entreprise du 21ème siècle, les règles de management « scientifiques » ne fonctionnent plus. Hiérarchie, gestion de projet, évaluation sont mises en œuvre différemment. Ce qui compte pour survivre, ce n’est plus la productivité, l’optimisation et la performance chiffrée, c’est le triplé engagement, innovation et agilité. Cela demande de réinventer les règles de management autour de l’intelligence collective.

“Paranormal Activities” : l’Intelligence Collective

L’intelligence collective, ou intelligence du terrain, définie comme la somme des intelligences de la situation combinée à des savoirs, crée des phénomènes qui dépassent l’entendement et défient les lois du management scientifique. Elle permet par exemple de :

  • Trouver des solutions extraordinaires auxquelles tout le monde adhère,
  • Construire rapidement et à très peu de frais un produit ou un service de qualité,
  • Augmenter ses capacités de production et de vente sans embaucher

Et le tout avec le sourire ! Trop beau pour être vrai ? Oui, si nous restons dans un esprit « je ne crois que ce que je prévois, contrôle et mesure ». Non, si l’on accepte de devenir un manager « extraterrestre » et d’expérimenter cette nouvelle façon de faire.

Le manager « extraterrestre » : le syndrome « Seul sur Mars »

En se lançant dans cette aventure de l’intelligence collective, le manager accepte d’être un « extraterrestre », de passer par une traversée du désert intergalactique et d’être isolé, incompris, parfois abandonné… mais de survivre.

Il doit vivre dans des contradictions permanentes :

Il continue à utiliser les règles du monde connu, le management du « je sais et l’équipe exécute » (et parfois je lui demande son avis), ces règles qui lui sauvent la vie dans de nombreuses situations SIMPLES ou COMPLIQUÉES, où le problème et la solution nécessitent juste du temps et de l’expertise.

Mais il est seul sur Mars. Aucun supérieur pour lui dire quoi faire, et les autres managers ont vite fait machine arrière. Or la situation, pleine d’inconnues, est beaucoup trop COMPLEXE pour pouvoir être appréhendée par une seule personne. Il comprend que la mise en commun des intelligences et des intuitions va permettre de trouver les meilleures réponses. Il accepte donc de se taire et d’écouter ses collaborateurs dans une RÉFLEXION COLLECTIVE.

Le Management Paradoxal, du « ou/ou » au « et/et »

Le Management Paradoxal consiste à faire la synthèse entre des notions et des approches en apparence opposées.

Le manager paradoxal respecte autant que possible l’ORDRE, le cadre imposé par sa structure, ET ose faire autrement en laissant parfois le CHAOS prendre le dessus.

Le manager paradoxal est pragmatique. Il sait utiliser le « Command and Control » (fixer des objectifs, mesurer, ajuster) dans des situations simples ou compliquées ET, conscient que le monde est aussi complexe, l’humain encore plus, il sait lâcher prise pour mobiliser l’intelligence collective.

Il a toujours la responsabilité de décider, mais il peut passer d’une posture à l’autre selon le niveau de complexité de la situation et prendre conseil auprès de son équipe. Il ne craint pas pour son ego, car son « leadership partagé » lui assure l’adhésion de son équipe.

MISE EN PRATIQUE

Comment entreprendre le voyage vers l’intelligence collective ?

  1. Construire la fusée : tout d’abord il est nécessaire d’avoir le bon cadre en termes de culture et de valeurs. Si l’administratif et les règles sont trop pesants, si de multiples incohérences polluent et rongent le quotidien, le management paradoxal ne décollera jamais. Un premier travail d’harmonisation de l’entreprise est donc nécessaire : avoir une identité forte et fédératrice, un vrai projet commun, est le meilleur blindage qui soit.
  1. Trouver du carburant : le Management Paradoxal est contre-naturel lorsqu’il s’agit de solutions complexes. Il faut se taire et écouter, se poser des questions avant de chercher des solutions, accepter que l’on ne sait pas, et partager ce constat avec ses collaborateurs. Tout cela nécessite une vraie volonté, et donc une conviction des bénéfices apportés par l’intelligence collective, qu’il faut largement communiquer. Car celle-ci contribue à éradiquer la réunionite qui pollue si souvent l’atmosphère terrestre et à faciliter l’exécution grâce à une meilleure conception. Elle permet surtout à l’équipe d’être plus engagée, plus efficace, et plus innovante.
  1. Surveiller ses instruments : Le management paradoxal est un voyage exploratoire. Il faut beaucoup d’expérimentation et des boucles de feedback courtes pour trouver le bon mode de fonctionnement. De nombreuses méthodes ont été développées (comme la matrice AXIO d’Olivier Zara) qui permettent pas à pas de mettre en œuvre le Management Paradoxal.

Comment survivre « Paradoxalement » sur Mars ?

  • Gérer la complexité : La première étape consiste à apprendre à évaluer le niveau de complexité d’un problème :
    • SIMPLE : Solution évidente (rationner mes sachets de nourriture) : je dis, l’équipe exécute = management directif ou délégatif.
    • COMPLIQUÉ : Solution évidente avec du temps et de l’expertise, mais nécessitant l’adhésion de l’équipe (réaliser une mission de sauvetage au péril de sa propre vie) : je vais rassembler des experts puis encourager l’équipe = management participatif
    • COMPLEXE : Problème et réponse inconnus = page blanche (synchroniser un gros vaisseau avec une petite capsule en prenant en compte 54 variables dont la moitié seront découvertes en cours d’exécution) : l’équipe parle, j’écoute, nous co-construisons ensemble = management de l’intelligence collective
  • Trouver des ressources : La ressource principale sur Mars est la question. Résoudre un problème complexe consiste donc à SE POSER DES QUESTIONS ensemble (50 à 100 questions minimum), afin de découvrir le plus vite possible le vrai problème (car personne ne sait avec certitude). Des méthodes d’animation de réunion telle que Synergy4 sont très efficaces pour cela.
  • Diversifier les sources d’approvisionnement : Il est important de rassembler les bonnes personnes autour de la table, celles qui ont l’intelligence de la situation, et d’origine, de niveau et d’expérience le plus différent possible. Comme une situation complexe est par définition multi-dimensionnelle, ce n’est pas forcément avec ceux qui ont créé le problème que nous allons trouver la solution !
  • Garder de l’air : L’intelligence collective ne consiste pas à partager des idées (discussion collective), mais à se poser des questions puis à chercher des réponses en mode co-construction (réflexion collective). C’est un processus d’émergence qui demande du temps ! Il est donc important de laisser chacun s’exprimer (avec des tours de table) et de ne pas être trop contraint par le temps, sous peine de passer à côté d’un questionnement crucial.

Car comme le disait Einstein : « Si j’avais une heure pour résoudre un problème dont ma vie dépende, je passerais 55min à définir la question appropriée à poser, car avec cela je pourrais résoudre le problème en moins de 5min ».

Vous êtes seul sur Mars ? Ce n’est pas une fatalité. Les pages blanches existent, les méthodologies pour les traiter aussi. Souhaitez-vous continuer à faire COMME AVANT ou peupler Mars en faisant AUTREMENT ?

Alors, prêt à devenir un pionnier de l’intelligence collective ? Bon voyage !

Cet article a été inspiré par le premier et le principal explorateur managérial de Mars (encore là-bas et prêt à vous y emmener), l’extraordinaire Olivier Zara.