Engie : La cohérence donne du sens à la transformation

 

Les français sont réputés pour leur aversion au changement. Or la révolution technologique et sociétale oblige les grands groupes à se remettre en question, à vivre une transformation, à l’image des banques, challengées par l’évolution des usages des consommateurs se déplaçant de moins en moins dans les agences bancaires… 

Comment réussir à se transformer à l’échelle de mastodontes de centaines de milliers de personnes ?

 

L’exemple impressionnant d’Engie 

Engie, l’ex GDF-Suez, est l’un des géants de l’énergie avec 150.000 personnes, une présence de 150 pays et environ 66 milliards de chiffre d’affaires. 

Le groupe vit depuis mai 2016, sous la houlette d’Isabelle Kocher directrice Générale, une transformation profonde redessinant son visage, alors que son environnement économique est difficile (baisse de la consommation d’énergie, recul des prix de marché, surcapacités de production). Voici quelques éléments clés qui contribuent selon nous au succès de cette transformation :

 

« Etre net dans la finalité de la transformation » Isabelle Kocher

Il ne s’agit pas de renier le passé, ni d’oublier les racines profondes de l’entreprise mais au contraire d’être conscient de ce qui vous a fait réussir jusque-là, de s’appuyer sur les valeurs et les compétences clés et de les valoriser pour en faire autre chose.

Isabelle Kocher a posé des bases solides en s’appuyant sur une raison d’être claire de la transformation et sur un projet d’entreprise inspirant et ambitieux : être l’un des leaders mondiaux de la révolution des énergies vertes, des services et des infrastructures énergétiques. Le but est « d’apporter de l’énergie à tout le monde mais sans faire dérailler le climat » !

Donner du sens en expliquant clairement les finalités du changement est un facteur puissant d’acceptation par les acteurs d’un chemin difficile. La stratégie de mutation a ainsi amené le groupe à céder 20% de ses activités historiques (abandon des usines à charbon polluantes, cession des activités d’exploration-production, moins de nucléaire…).

 

Ne pas dire Comment mais Pourquoi

Les gens aiment bien le changement qu’ils ont envie eux-mêmes et la mise en mouvement des organisations est moins un sujet d’autorité que d’intelligence collective.

Isabelle Kocher incite le management d’Engie à ne pas dire ce qu’il faut faire mais seulement où il faut aller, puis à encourager les équipes au plus proche du terrain à s’exprimer, à être force de proposition et à faire. 

Passer d’un management hiérarchique à une organisation responsabilisante est un changement de culture délicat.

 

Faire évoluer l’organisation en cohérence et en agilité

Les énergies renouvelables nécessitant des décisions d’investissement de montants bien inférieurs aux « usines » d’énergie fossile, l’organisation traditionnelle « top-down » et par métier d’Engie est modifiée de fond en comble au profit d’un mode de fonctionnement par zone géographique, plus décentralisé, favorisant des circuits de décision courts…

Permettre la prise de risques : Dans les organisations classiques, l’immobilisme se nourrit d’adages du type « Le premier oiseau qui sort de la forêt prend la balle ».

Changer cet état d’esprit nécessite de donner à tous la permission d’oser tester, puis de savoir tirer des enseignements rapides, arrêter rapidement si nécessaire, célébrer les succès et pourquoi pas aussi les échecs (Engie décerne un prix pour le plus bel échec !).

 

« La transformation ne souffre aucun dérapage de cohérence » Isabelle Kocher

Transformer rapidement une entreprise nécessite d’embarquer les troupes, et pour cela d’être clair dans ses choix et actions, d’éviter tout décalage entre les mots et les actes, tout manque d’exemplarité.

Authenticité, transparence, cohérence sont clés dans la confiance et donc dans l’engagement des équipes

Engie est en train de prouver qu’il est possible de transformer de manière globale et rapide (ici en moins de 2 ans) un grand groupe de 150.000 personnes, grâce à un projet sociétal clair, un changement de culture managériale vers plus d’agilité, un souci de cohérence globale… et du courage !

 

Il reste encore à Engie beaucoup de chemin à faire pour que le nouvel état d’esprit se diffuse à tous les niveaux de l’entreprise, soit une réalité quotidienne, et pour que la transformation se traduise en création de valeur financière substantielle. Mais les bases de la transformation semblent excellentes. Tous nos vœux de succès !

Patrick Vignaud


Sources : 

Conférence TOD du 1er mars 2018 
Le Figaro du 12/11/17  » Engie est en conquête « 
Les Echos du 06/03/18 « Engie : questions sur une incertaine transition »
Les Echos du 08/03/18 « Isabelle Kocher- Nous allons accélérer les acquisitions »

 

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