COMMENT GÉREZ-VOUS LA FATIGUE DÉCISIONNELLE ? 

Après avoir travaillé plus de 15 ans aux côtés de grands “décideurs” dans l’industrie, le BTP ou le secteur public, j’ai fait le constat suivant : le meilleur décideur n’est ni le plus rapide intellectuellement, ni celui qui a la plus grosse capacité de travail… au contraire ! Les pires décisions que j’ai vu être prises – et parfois maintenues coûte que coûte malgré des résultats catastrophiques – l’ont été par les personnes les plus brillantes et les plus investies. Que s’est-il passé ?

Le phénomène de la Fatigue Décisionnelle

Depuis les travaux de Daniel Kahneman, prix nobel d’économie, (Thinking, Fast and Slow) on sait que les décideurs économiques sont victimes de biais cognitifs qui influencent leurs décisions et que le système de décision “rapide” (reposant sur des perceptions inconscientes) est souvent utilisé là où le système de décision “lent” (nécessitant un effort cognitif conscient) devrait être employé.

Ce que l’on sait moins, c’est justement que toute décision est réellement très consommatrice d’énergie. En 2011, une grande enquête publiée dans le New-York Times révélait l’existence d’une “fatigue décisionnelle”. Cette étude a révélé que, de manière inconsciente, nous avons deux comportements quand nous commençons à subir cette fatigue décisionnelle :

  1. Le premier est de faire des raccourcis, de penser et d’agir vite sans réellement soupeser les conséquences de nos décisions.
  2. Le second est de ne plus décider, de faire l’autruche ou de rester dans le flou. 

Notre constat est donc que le sur-engagement des décideurs, et notamment la quantité de décisions prises chaque jour, peut avoir des effets négatifs dont il est utile d’avoir conscience pour le bien de son entreprise et pour sa propre santé.

Pouvons nous échapper à la Fatigue Décisionnelle ?

À l’idée de ralentir, de prendre le temps d’écouter le personnel et le risque de ne pas centraliser toutes les décisions, les dirigeants ressentent souvent de la peur. Christian Streiff, mon ancien PDG au sein de PSA Peugeot Citroën, témoigne : “Auparavant, à chacune des grandes restructurations que j’initiais, je minimisais l’importance d’écouter toutes les parties prenantes, par peur d’être bloqué au moment d’engager la décision.

Il fut victime en 2008 d’un grave accident vasculaire cérébral. Voilà ce qu’il déclarait 3 ans plus tard : “Le principal enseignement, le premier bienfait, portent sur la gestion du temps. J’avais toujours pensé être un bon spécialiste de cette gestion du temps, sur la foi de la vitesse, toujours plus élevée, avec laquelle je prenais les décisions et engageais les actions. Or j’ai pris conscience que la rapidité n’est qu’un critère parmi d’autres de l’efficience décisionnelle, et surtout peut être contre-productive. La fatigue décisionnelle, c’est donc souvent après coup qu’on en prend conscience…et à quel prix !

Gérer la Fatigue Décisionnelle: faire du Temps son allié

Le “leadership de niveau 5” de Jim Collins, la “pyramide inversée” de Vineet Nayar, “l’intelligence collective”, “l’autorité distribuée” ou le traditionnel “management participatif”… beaucoup de concepts incitent les décideurs à prendre du recul sur la gestion quotidienne de leur entreprise et à prendre moins de décisions pour prévenir la fatigue décisionnelle. 

En tant qu’harmonistes, nous croyons important de donner un feed-back global aux décideurs, y compris en les aidant à prendre conscience des éventuels phénomènes dont ils peuvent être victimes à leur insu. Pour l’entreprise, c’est une question d’harmonie et de performances. Pour le dirigeant, c’est parfois une question de santé.

Aujourd’hui, pour Christian Streiff, c’est le temps et l’harmonie qui sont les meilleurs alliés : Oui, le temps passé avant d’agir doit être sanctuarisé, car il définit l’efficacité et l’issue de ladite action. (…) Il est extrêmement difficile d’agir en parfaite harmonie. J’ai toujours essayé d’arbitrer et de décider dans ce sens (…) Or je considère que cette recherche de cohérence constitue l’un des objectifs primordiaux du dirigeant.”

Conclusion 

Et vous, quelle stratégie vous paraît la plus adaptée pour gérer votre fatigue décisionnelle ? Avez-vous trouvé la façon de faire la plus cohérente et la plus harmonieuse pour votre entreprise ?

Sources :

http://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/grands-entretiens/2014-11-29/christian-streiff-je-sais-desormais-ou-est-la-verite-de-la-vie.html
http://www.slate.fr/lien/42575/decisions-choix-fatigue-psychologique-cerveau

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